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Mourad Ouchichi invité du café littéraire de Bouzeguene

Lors de la conférence animée au centre culturel de Bouzeguene, Mourad Ouchichi, économiste chevronné, spécialiste de l’économie Algérienne, a décortiqué le système économique et social et la genèse de sa faillite. Depuis 1970, le régime politique et économique est le même, il n’y avait pas de changement. Et de 1962 à nos jours, tous les gouvernements successifs ont commencé à faire des réformes qui n’aboutissent à rien et le pays est toujours dépendant du pétrole et dès que les prix diminuent, la crise est enclenché disait Mourad Ouchichi. Et une question lancinante que M Ouchichi pose : pourquoi de réformes en réformes, l’Algérie dépend toujours des hydrocarbures ? Pour remonter l’histoire économique de l’indépendance à aujourd’hui, il y’a une constante ; c’est la nature d’articulation entre l’économique et le politique. En en un mot c’est la mainmise du politique sur l’économie Algérienne. L’économie Algérienne n’est pas devenue productive et le régime Algérien préfère cette situation pour des raisons de survie, pour aussi des raisons de dominations de la société. Garder le pays dépendant des recettes pétrolières qu’ils contrôlent par ailleurs car s’il perd le pouvoir économique, automatiquement il perdrait le pouvoir politique. La genèse de ce marasme vient surtout au lendemain de l’indépendance de l’Algérie lorsque le groupe de Oudjda avait confisqué le pays et avait opté pour une économie centralement planifiée ou administrée mais pas « socialiste ». en 1967, Boumediene adopte l’industrie industrialisante et pour que ce pays arrive à rattraper son retard de développement, industrialisé le plus rapidement possible ; investir dans les industries lourdes et à termes l’Algérie arrive à une industrie généralisé or durant cette période, on assiste à une centralisation totale et étatisation de l’économie et les pronostics de l’époque dressent un bilan optimiste mais de façade en disant que l’Algérie rejoindrait au début des années 1980 ou deviendrait parmi les pays émergents mais seulement théoriquement. En 1980, Chadli arrive au pouvoir et change de stratégie, ayant bénéficié d’une aubaine et manne financière importante : augmentation des prix du pétrole. En Algérie, ce ne sont pas les rationalités économiques qui commandent les décisions économiques mais plutôt la rationalité politique qui est derrière, une arrière-pensée politique et un objectif politique qui sont tous mis en exergue dans le long parcours chaotique de l’Algérie contemporaine. Le politique prime sur l’économique, Chadli et son équipe font des réformes : restructuration financière et organiques des entreprises publiques.

L’argument officiel avancé : si la stratégie de développement appliqué entre 1967 et 1978 n’a pas réussi car les sociétés nationales de l’époque étaient trop grandes pour les gérer. Le gouvernement procède alors purement et simplement à la liquidation de ces dernières. Pour lui, «  plus une entreprise est grande, plus elle est rentable ». Mais la solution finalement est de les morceler pour les mieux gérer. Toutes ses restructurations n’obéissent à aucune logique sauf à une logique politique « le changement dans la continuité » avec un parti unique, système de planification centralisé, encouragement de la consommation à travers les plans anti-pénuries, encouragement de la construction de logements. Le bilan a été désastreux, l’Algérie continue à être dépendante des hydrocarbures, les déficits sont aussi maintenus.

En 1986, les prix du pétrole ont chuté gravement et durablement, le gouvernement de l’époque pensait que la chute des prix du pétrole est conjoncturelle. Le seul recours est l’endettement à court terme facilement contractable avec des taux d’intérêts élevés. Ils pensaient que les prix du pétrole allaient augmenter et toutes les contradictions s’accumulaient. Puis vint octobre 1988, le pouvoir Algérien prend conscience de l’ampleur de la crise et de l’économie planifié : passage au multipartisme et à l’économie de marché et demonopolise le commerce extérieur. En 1993, l’Algérie se retrouve en faillite et en cessation de paiement et dans l’incapacité de rembourser sa dette extérieure. Le FMI entre en scène avec un programme : ajustement structurel que certains le qualifie « d’appauvrissement structurel » et des mesures drastiques : dévaluation de la monnaie algérienne, assainissement financier, privatisation des entreprises publiques, réduire les fonctions publiques…

L’Algérie accepte le rééchelonnement et signe avec les « dix doigts » le plan d’ajustement structurel, les responsables du FMI disaient que l’Algérie est un bon élève qui apprend bien ses leçons et obéit comme un petit écolier. Le terrorisme a fait des ravages, la guerre civile s’installe dans le pays : plus de 300 000 morts, plus de 50 000 disparus, 2 000 000 de réfugiés. Mais pour M. Ouchichi « le FMI n’a rien imposé, la responsabilité revient aux gouvernements locaux ». Et pour lui, le plan d’ajustement structurel est une réussite sauf sur le plan social car la paupérisation a touché la majorité des Algériens et a conduit à sauver la « viabilité économique du régime ». Selon lui, il y’a un régime politique qui a confisqué un Etat et l’Etat Algérien n’existe pas.

En 1998, les prix du pétrole augmentent d’une manière vertigineuse, le pouvoir algérien se retrouve dans une position confortable. Un parallèle existe et concomitances réelles entre les périodes de (1978 et 1998). Bouteflika arrive au pouvoir, applique les mêmes réformes que Chadli et procède au paiement anticipé de la dette extérieure sans relancer l’économie Algérienne dans la dérive. Et comme ses prédécesseurs, le gouvernement de Bouteflika adopte des mesures : encouragement de la consommation, investissement de l’infrastructure (autoroutes, stades, logements…), il renchérit «  dés que l’Algérie est dans une embellie financière, on assiste à un grand show politique, donc élargissement des cercles de la rente ». L’économie Algérienne n’était pas productive, elle est restée rentière, c’est l’austérité, et c’est aussi la faillite comme en 1987. Sous l’ère de Bouteflika, le clientélisme et la corruption à grande échelle se sont institutionnalisés. Si la situation demeure en l’état, l’Algérie arrivera à l’endettement extérieur et un autre plan d’ajustement structurel plus violent, plus féroce se profile à l’horizon. Décidément, l’Algérie n’apprend pas ses leçons et l’histoire se répète. Et de rajouter » ce pouvoir préfère avoir une économie artificielle avec des investisseurs débiles pour s’accrocher au pouvoir et se maintenir… ». tant qu’il n’ya pas de changement de régime politique dans ce pays, il ne peut y avoir de développement de l’économie car sa volonté, sa soif et son obsession de tout contrôler toute la société en distribuant les ressources pétrolières ou économiques à des fins de dominations en créant une base social clientéliste et discriminatoire au détriment du suffrage universel. Leçon d’économie d’un professeur émérite qui mérite attention.

Amroun Omar

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